je viens de donner le plus beau costard de Popeye... Bon, il part sur un beau mec, ça me rassure... D'ailleurs Popeye a apprécié, il a dit : "rregarrde, il a belle allurrrre, c'est oun belom".... Un costard sixties, comme on en trouve plus... Mais dans les vêtements que j'ai vite emballé au mois d'aout, il y avait un petit foulard, encore tout submergé par son parfum, et moi , je ne peux pas m'empêcher de renifler, son odeur qui traîne encore, c'est comme si il me prenait dans ses bras... Il faut dire qu'il était élégant, soigneux, toujours attentif à sa tenue et à l'impression qu'il pouvait donner, sa garde robe était sa fierté (on est pas rital jusqu'au bout des ongles, pour rien). Popeye a été mineur, puis soudeur, mais je ne l'ai jamais vu avec les mains sales, jamais! il rigolait quand on lui demandait si il était ingénieur ou avocat, le sourire narquois, le sourcil levé, une étincelle diabolique dans le regard.
Non! ses fringues, c'était une deuxième peau, tellement, que même Don Mario (foutu curé!) en a parlé à son enterrement... Dans ce petit village, au pied du majestueux Misma, les gens savent encore ce que famille veut dire, ou respect, ou quelque chose d'approchant... il y a là, quelques personnes extraordinaires. Loin de la perfection, entendons-nous, juste humaines et extraordinaires et c'est bon de le savoir, quoiqu'il arrive, je pourrai toujours aller là-bas, me ressourcer, me repaître, dans le royaume du nain, Il Nano... Là bas, personne ne m'appelle par mon prénom, on dit la fille du nain (non il n'était pas petit, juste le dernier garçon d'une famille de douze enfants, si si, douze!), le plus petit de tous. Je suis juste la fille du nain. Mais dans leurs yeux, je vois de l'admiration et des sourires, souvenirs des blagues qu'il laissait traîner partout.